08 avril 2008
Joies de la souscription
Le moteur principal des souscriptions auxquelles j'adhère est bien entendu le soutien à un éditeur, notamment pour la publication de livres difficiles ou ne rencontrant pas forcément un public très nombreux. Mais ce qu'il y a de délicieux dans les souscriptions, c'est que l'on reçoit les livres alors qu'on les a quasiment oubliés. Je dis bien quasiment, et dans ce mot affleurent toutes les stances d'une attente qui sait qu'elle ne sera pas vaine. Voici donc ce matin, dans une pile bienvenue, ces deux ouvrages, fort divers (mais pas tant que ça, cf Saint-Just et Robespierre) :
- le numéro 133 de la revue Yellow Submarine consacrée aux "Envies d'utopie" et ouverte par un bel éditorial d'André-François Ruaud, près de 200 pages d'essais et de nouvelles sur un thème qui dit merde à la supposée (et absurde) "fin de l'histoire". A noter que YS est dorénavant adossée à l'éditeur Les moutons électriques.
- un formidable pavé de près de 500 pages consacré à un thème sur lequel la victimologie des pleureuses du choeur de la fin de l'histoire a assez déversé d'âneries pour qu'il soit sans cesse temps de l'interroger : Les politiques de la Terreur. 1793-1794 (aux indispensables PUR). Sans complaisance, dans la diversité, et la volonté de "chercher".
Souscrire, c'est aider l'édition de qualité, l'aider directement et concrètement. Une démarche saine et qui ne fait pas de mal au secteur de la librairie indépendante, car ne concernant que quelques ouvrages. Bref, le genre de geste à même de préserver la biodiversité culturelle et surtout ses meilleures niches...
Nathalie Heinich et Bourdieu
Passionnant recueil de Comptes rendus à... aux éditions belges Les Impressions Nouvelles, un petit livre rassemblant des articles de la sociologue Nathalie Heinich sur des penseurs comme Benjamin, Bourdieu, Latour, Elias (particulièrement bon, celui sur N. Elias). Le principe regroupant les textes est original, celui de l'explicitation d'un non-dit. Mystérieux ? Procurez-vous le livre, vous en jouirez. L'ayant emprunté à ma soeur, je compte bien m'en trouver un exemplaire à mon tour assez vite. Cela se lit très bien du reste, il y a là un style.
Dans la foulée de son court article "L'autobiographie paradoxale de Pierre Bourdieu", j'ai acheté et lu son Pourquoi Bourdieu chez Gallimard. Un livre franc, pas tendre, par une sociologue qui l'a connu, a été sa thésarde puis s'est séparée de sa pensée (tout en gardant certains de ses outils, devenus le bien commun de la sociologie, et au-delà). Une lecture - parfois trop - critique du phénomène et de la pensée "Bourdieu", intéressante et riche en réflexions... ainsi qu'en anecdotes.
Le débat est sain : ne pas sacraliser les gens, les lire, les critiquer, ne pas non plus détourner, affadir ou détourner leur pensée.
Paul Veyne, avec son livre récent sur Foucault, a ainsi voulu lutter contre l'incompréhension de la pensée (et de l'itinéraire) de son ami. Avec là une bienveillance dont le livre de Heinich se trouve assez dépourvu.
Deux livres éclairants sur deux oeuvres fortes en prise sur le présent.
"Le goût du paradis" de Nine Antico
Une nouveauté chez Ego comme X, l'un des "vrais bons éditeurs indépendants", est toujours bienvenue. Sur la foi de ce que je trouve sur leur site, je suis plutôt séduit par Le goût des autres de Nine Antico. A vérifier à présent en librairie, rien de tel que le feuilletage et le reniflage de livre pour s'en faire une plus forte idée, la bonne, celle qui mène ou non à l'achat, à la possession. Compulsive, maladive ? Il faut bien être drogué à quelque chose...
Nine Antico signera son ouvrage chez Ego à la librairie-galerie parisienne Le Monte-en-l'air le vendredi 11 avril à partir de 18h.
Radio Crumb
Un passage sur du9 bienvenu puisque j'y récolte cette émission (qu'on peut écouter en podcast) dédiée à Crumb et bien fréquentée, il suffit de regarder la liste des invités. A écouter sans modération.


