01 février 2007
24x24x24
A l'initiative de Lewis Trondheim, une performance (notamment physique) a eu lieu les 23 et 24 janvier 2007 : 24 planches en 24 heures et 24 auteurs inscrits à la Maison des auteurs d'angoulême (plus quelques autres le faisant sur Internet).
Une seule contrainte : une boule de neige en première et en dernière case. Et vogue la galère insomniaque !
Les résultats ici : http://24hdelabandedessinee.com/
Auteur résident à la Mda et invité à participer, j'ai convaincu un ami dessinateur, Vincent Minck, de se lancer là-dedans avec moi, Lewis ayant accepté le principe d'une collaboration. Nous signons donc "David-Vincent", assemblage bicéphale d'une journée.
Dans la pratique de l'exercice et l'urgence, travailler à deux est passionnant mais pas évident. Pourtant, à part 30 minutes passées à lutter autour du degré de minimalisme d'une planche, aucune engueulade ! Vincent a testé pour l'occasion une nouvelle technique (qu'il a affiné de planche en planche) : mine de plomb, fusain et encre de chine. Je m'étais de mon côté fixé quelques contraintes supplémentaires (proposer une fable politico-sociale, plutôt qu'une déambulation onirique...) dont celle d'improviser l'histoire au fur et à mesure.
Avec tout ça, la bonne humeur de Vincent et notre complicité, nous avons passé 24h très stimulantes.
Un grand merci à Lewis Trondheim et à la Maison des Auteurs ainsi qu'aux autres participants, notamment nos compagnons d'insomnie Marie de Monti et Christophe Bataillon... et merci bien sûr aux étudiants ayant scanné les planches.
Et voici donc notre histoire : L'avenir, c'est vous !
© Alberto Bocos-Gil / MDA
(Une photo prise le mercredi matin vers 11h : on n'a pas dormi de la nuit)
Trondheim et les 24h
Une interview de l'initiateur du marathon... Je confirme la bonne ambiance et l'alternance de rigolade et de concentration.
28 janvier 2008
24 h de la bande dessinée 2009
Bon, voilà qui était très bien cette année, une nouvelle journée entière consacrée au labeur, mais avec chaleur humaine et rires aussi. Nous étions une bonne équipe, pas mal de ceux de l'an passé plus d'autres, Laurent Bourlaud, Patrice Cablat, Vincent Perriot, Sandrine Martin, Thomas Gosselin, Anne Simon, etc. etc. ainsi que Jean-Christophe Menu, qui avait décidé de partager l'exercice avec nous.
Laurent et moi n'avons pas assez de recul encore sur ce que nous avons fait mais nous sommes contents de nous être lancés dans quelque chose de dense et de pas évident, et contents d'avoir travaillé ainsi dans l'effervescence et l'émulation (avec la présence dans mon atelier de Patrice Cablat, invité de choix).
Ce qui m'a le plus marqué cette année ? La cam fixée sur l'opulente poitrine de Laurel ! Oui, j'avoue ! Même si une cam rafraîchissant une image toutes les 30 s. n'en est vraiment pas une, ce me fut une vitamine visuelle aux durs moments de la nuit. Vous trouvez ça lamentable ? Peu me chaut ! Merci en tout cas, Laurel, et en plus, moi qui ne suis pas grand fan de ton travail (je suis tendance acide, tu es tendance sucre pour aller vite), j'ai trouvé que tu t'en sortais bien, voire très bien sur certaines pages. Je ne la drague pas en direct, c'est la flemme de lui envoyer un mail... et en plus là, elle croirait que je la drague ! Donc "spécial dédicace" à Laurel !
Le boulot qui m'a le plus impressionné ? Du peu que j'ai vu pour le moment, je voyais ses planches se faire de temps à autre... celui de Thomas Gosselin donc, ce qu'il a fait est excellent ! Se lancer sur un sujet "casse-gueules" comme le sien (les espions anglais communistes et homosexuels, des "James Bond" intellectuels au service de la révolution mondiale prolétarienne et plus directement du Komintern), et réussir un petit chef-d'oeuvre... Mais allez aussi découvrir la première case vertigineuse de Vincent Perriot, les "pattes résille" des poules de Patrice Cablat, le nouveau travail en couleurs de l'héroïque Lucie Albon (comment détruire son poignet en 24h...), la vie bouillonnante de l'histoire de Sylvain-Moizie, le road-movie déjanté d'Antoine Perrot, l'élégance animalière de Natacha Sicaud, etc.
Ce genre d'exercice ne reste amusant que parce que non lié à un impératif de publication. Certaines histoires seront publiées, d'autres retravaillées, d'autres rejoindront des tiroirs d'attente ou d'arrêt, mais il faut vraiment, je pense, se lancer uniquement dans l'exercice pour se faire plaisir et souffrance. J'ai été servi sur ces deux plans.
Je tiens également à préciser que travailler à deux dans un tel exercice, sans recul, avec la pression du lapin du temps (cf Carroll et Boulet) complique les choses au lieu de les faciliter, ce qui les rend bien sûr encore plus excitantes.
Moi, quand je travaille avec un dessinateur - du fait que je ne dessine pas du tout et veux tout simplement faire de la bande dessinée* - je ne suis pas dans l'imposition d'un scénario, dans le travail machinal qui a tant fait de mal à notre vieille bonne "franco-belge", et tout "jeune auteur" que je sois, j'ai déjà refusé plusieurs propositions de travailler ainsi : envoyer un scénario complet (histoire courte pour revue ou d'album) sans savoir qui travaillera dessus, ou sans connaître personnellement la personne. Je refuserai toujours de travailler ainsi, sauf si cela relevait d'une contrainte et d'un jeu, para-oubapien, disons ou quelque chose de ce genre, ou bien si la personne en question était l'un de ces "grands aînés", qui font que je fais de la bande dessinée, je ne sais, F'Murr ou Baudoin par exemple. Mais même là, j'aurais besoin d'une rencontre humaine à un moment ou un autre. Je refuse aussi d'adapter des romans en bande dessinée, même si c'est à la mode et évidemment "très porteur". Si j'avais accepté ces choses-là, je ne serais pas dans la galère financière que je traverse, mais j'aurais un peu de mal à me regarder dans le miroir sans avoir envie de le briser. Je préfère le passer, le miroir, et courir après les reines de Pique en tailleur channel, bottes et gants prada dans ma gueule.
Bref, pour revenir à nous moutons mincko-bourlaudiens. Et bien allez lire notre histoire. Et ensuite, considérez qu'à deux, avec la pression du temps, on peut ne pas se faciliter la tâche par moments, et le faire à d'autres. Mais quelqu'un comme moi non seulement se dira qu'il peut faire des erreurs narratives, mais encore qu'il les impute à l'autre, l'empêche de faire mieux seul, entraîne l'autre dans une spirale de ses obsessions seules etc. Et au final non, pas du tout. Globalement, on a tous un peu constaté (Patrice Cablat fort bien dixit) qu'avec le temps (considérer qu'en gros les deux premières heures peuvent ne pas voir une seule planche de réalisée ou finalisée) qui file, on revient, quoi qu'on ait décidé au départ, à ses obsessions. Laurent et moi, partis les mains dans les poches sommes revenus à nos moutons. Ce fut en partie de même avec Vincent Minck l'an passé.
Bon, je vais conclure toute simplement en disant que ces 24 heures de bande dessinée non-stop m'ont fait un bien fou et que j'ai passé un bon festival grâce à elles, au bien qu'elles m'ont fait. Après, mes "plans lose" au Mercure, les râteaux, etc. ne regardent que moi. Se reporter pour les grandes lignes à l'article de Fabrice Neaud dans l'Eprouvette sur "sexualité et festival".
* Autre chose est la possibilité de trouver un moyen de fonctionner graphiquement pour faire tout de même de la bande dessinée. Ou un travail abstrait sur elle. Mais ce genre de choses, auxquelles je m'amuse parfois, ne quitteront pas de sitôt je pense, tiroirs et armoires... Tout va si vite dans ce monde que j'ai au contraire envie de prendre mon temps sur ces choses-là, et de ne pas faire n'importe quoi.
29 janvier 2008
Idée 24 / 2009
Mon idée pour les 24 h de la bande dessinée en janvier 2009 : une décentralisation pour éviter l'engorgement et la banalisation : 200 auteurs c'est trop ou trop peu, et surtout dans cette dernière édition, on distinguait mal ceux qui faisaient l'exercice sur place, à la Maison des auteurs d'Angoulême, des autres. Et je ne vois pas l'intérêt de le faire seul par internet : outre que l'on peut tricher (et espérer être repéré d'un éditeur, ne soyons pas naïf*), où sont l'émulation, la réelle contrainte, le jeu d'exercice ?
L'ambiance sur place est spéciale, concentration, amusement, fous-rires, liens qui se créent ou se renforcent, vraiment quelque chose de particulier. Et débuter le festival le jeudi comme si l'on était dimanche, cela a bien du charme.
Bref, cette idée de décentralisation est simple : une performance sur place, à la MDA, à Angoulême, plus des antennes ici et là, un peu partout en France, avec dans chaque ville des relais assurés par un bon éditeur ou fanzine local, ou plusieurs associés. Je pense par exemple à Flblb à Poitiers, à L'institut Pacôme à Strasbourg, aux éditions de la Cerise à Bordeaux, à Misma et Thermostat à Toulouse, les Taupes de l'espace à Rennes, Groinge à Nice, etc. etc. Bien sûr ce serait toute une organisation (et cela fontionnerait bien à 24 auteurs seulement par ville, y compris Angoulême), mais il suffit de trouver des partenaires pouvant assurer cela, l'intendance suivra, comme on dit ("con despreocupacion"). Bon, voilà une idée, qui clarifierait les choses et ferait fonctionner les 24h "en étoile" depuis Angoulême, maison-mère à qui serait réservée l'annonce de la contrainte, du thème (retransmise par écran aux autres) et le départ.
Et une autre idée toute bête pour 2009 : inviter les présidents Dupuy et Berberian à partager notre nouvelle session (je dis nous mais je ne sais absolument pas si j'en serai, si je voudrai en être etc. j'ai décidé cela presque au dernier moment cette année).
* Laurent et moi ne nous sommes guère préoccupés de cet aspect, il n'est que de regarder notre récit pour s'en apercevoir...


