01 octobre 2006
CHOCO CREED
Ma rencontre avec la bande dessinée - je veux dire, l'idée tardive qui m'est venu d'en faire moi-même - tient à ma rencontre en 2001 avec le label indépendant Café Creed.
Mes toutes premières planches publiées - en quelque sorte mon apprentissage - l'ont été dans plusieurs numéros de la revue annuelle de bande dessinée pour enfants Choco Creed, à laquelle j'ai participé avec divers dessinateurs :
- "Bahia et le génie de la corde", avec Vincent Minck (dessins et couleurs) in Choco creed 3, spécial Tendresse, Café Creed, janvier 2004
- "Pryka et les chasseurs", avec Vincent Minck (dessins et couleurs) in Choco creed 4, spécial Nature, Café Creed, janvier 2005
- "Un ours ça ronfle énormément", avec Cléo (dessins et couleurs) in Choco Creed 5, spécial Mystère, Café Creed, janvier 2006
- "Chou ou rien!", avec Flab (dessins et couleurs) in Choco Creed 5, spécial Mystère, Café Creed, janvier 2006
Et en préparation, le Choco Creed 6, à paraître en janvier 2007, durant le Festival d'angoulême.
A noter également la sortie de notre dvd de dessins animés, le "Choco show".
"Patoup n'aime pas la soupe" (avec Yannick Robert)
Une histoire pour les petits, avec Yannick Robert (dessins et couleurs) parue dans "Je lis déjà", revue du groupe Fleurus Presse en janvier 2006 :
Un album à venir (avec Vincent Minck)
Un projet en bande dessinée jeunesse en collaboration avec Vincent Minck, autour de Bahia, personnage né dans le Choco Creed...
Photonarration
Je publie ici mes premiers essais en photonarration, plusieurs travaux à venir en la matière, un projet de livre, etc.
Ces travaux sont faits en collaboration avec le photographe Alberto Bocos-Gil.
Et je profite de cette page pour faire un peu de publicité à une copine photographe : Sylvie Tubiana.
Anna B.



Textes : Collage d'extraits de Condition de l'homme moderne de Hanna Arendt
Photos : Alberto Bocos-Gil / Modèle : Ewa
02 octobre 2006
Angeles Santos en bannière
Le tableau sur la page d'accueil est une oeuvre de la peintre Angeles Santos, "Tertulia" [El cabaret], 1929, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia (MNCARS*), Madrid. J'ai vu ce tableau au cours d'une exposition qui m'a frappé durablement, au musée d'art contemporain de Valladolid, le Museo Patio Herreriano. Cette exposition "Angeles Santos, un mundo insolito en Valladolid", s'est tenue de septembre 2003 à janvier 2004 et j'ai dû la visiter début septembre si ma mémoire est bonne. J'y suis repassé plusieurs fois, tant la démarche et la souffrance de cette peintre quasi inconnue, avant-gardiste tombée dans l'oubli, m'ont ému. Le très beau catalogue est toujours disponible auprès du Patio Herreriano. Il constitue entre autres une excellente présentation des avant-gardes picturales de la première moitié du XXe siècle en Espagne, mouvements en communication avec le reste de la scène européenne. Du reste, Angeles Santos concentra en elle-même, par une sorte de jeu de confluence indirecte, une grande partie de ces forces, ainsi ses deux grands tableaux de 1929 : "Tertulia", donc, proche de la nouvelle objectivité allemande, et avec certaines traits pouvant faire penser à Tamara de Lempicka (mais Angeles Santos reste, elle, tragique) et "Un mundo", 1929, clairement inscrit dans la "révolution surréaliste" dont elle aurait pu devenir une représentante espagnole. Cette vitalité artistique espagnole fut hélas vite étouffée, comme toute forme de pensée indépendante et libre, par le franquisme... Une immense nuit grise et malodorante. Médiocrité de l'âme et des sens. Et du reste, en témoigne la seconde partie de l'oeuvre de Angeles Santos, une peinture de la tranquillité, apaisée, un art "léger et sensible" (dixit un critique) succédant à une peinture sur le fil, morbide et généreuse à la fois. Comme si en reniant ce qu'elle avait peint et été, elle incarnait l'Espagne double, se déchirant sans cesse elle-même.
Aperçus TGV
[Tout s'est encore décalé ici. J'y remédie dès que possible]
Portraits fictifs mais possibles de voyageurs. Existences saisies à travers des fragments. Des aperçus, donc. Vie et rapport au train, au voyage. Saisir quelque chose en prenant le vif.
Trois aperçus TGV...
1. Philippe

Il a fait des études d’informatique et pourtant c’est un magazine littéraire qu’il lit. A croire que Philippe a hésité entre plusieurs chemins et pris celui qui se présentait le plus facilement à lui. Les chemins de la vie, les vignes du seigneur, paître ces champs-ci plutôt que ceux-là...
Philippe aime lire en poche, un reste de ses années d’étudiant fauché, et surtout de la fantasy ou de la science-fiction. D’ailleurs, sur sa tablette se trouve posé "En approchant de la fin", le livre de Andrew Weiner, selon la quatrième de couverture, "une fin du monde comme vous n’en avez jamais lu". Le livre est bien avancé et il compte le terminer avant l’entrée en gare.
Bientôt, il va avoir vingt-huit ans et son amie l’a quitté tout récemment. Pourtant, il ne se sent pas malheureux, et après ce livre, il ira en acheter un autre dans cette petite librairie, une vraie libraire près de chez lui. Il n’a que des lectures d’évasion, mais déjà ce n’est pas si mal. Peut-être un jour écrira-t-il lui-même de la science-fiction, il aimerait. S’il ose. En attendant, il a un livre et un voyage à finir.
2. Bernard et Abdel

Les automnes se suivent et se ressemblent pour Bernard et Abdel. Le 10 octobre les voit chaque année traverser la France de sud-est en nord-ouest, diagonale extrême, pour se rendre de concert au festival La fuite du Rock, à Trémordel ( en Bretagne, forcément en Bretagne ). Ils vont retrouver là-bas des amis des quatre coins, festives retrouvailles pour batterie, guitares, poules et vaches grasses. Ce festival commence à être un petit peu connu, au milieu de tant d’autres, grâce au relais de quelques radios et revues. Et les fanzines, bien sûr.
D’ailleurs, Abdel dirige un fanzine, TodoRock, dont Bernard tient, avec subjectivité et assiduité, la petite rubrique littéraire. Tous deux croisent la diagonale depuis Marseille, Bernard reste léger, Abdel semble porter au dessus de lui, arbre invisible, quinze générations de cigales.
Profitant du trajet, Bernard a eu le temps de finir un roman de Gombrovicz : il n’est pas sûr d’avoir aimé mais il a hâte de le chroniquer. Les deux jeunes gens - moins de cinquante ans à eux deux - se retrouvent à la voiture bar et partagent un café en souhaitant longue vie à leur fanzine. En arrière, leurs rêves, qu’ils ne confessent qu’à mi-voix, monter un label rock pour l’un, une maison d’édition pour l’autre. Ils ne sont même pas pressés d’arriver, que leur souhaiter ?
3. Mercedes

Mercedes revient d’enterrer sa mère, décédée de ce que l’on nomme, plus par crainte panique de la mort que par pudeur, une "longue maladie". A l’aller, elle a beaucoup pleuré. Le retour, lui, est sec. Tout à l’heure, elle a souri au contrôleur. Un sourire triste mais franc, l’homme, décontenancé, a fini par toucher brièvement sa casquette, un geste de film.
Mercedes enseigne le français et le latin dans un collège public de Toulouse et malgré les difficultés et une certaine usure, elle aime son métier. Ses collègues disent d’elle qu’elle le fait bien, et pourtant, elle se sent toujours angoissée avant chaque début de cours, un peu perdue, comme si on lui passait les lunettes d’une autre.
Mercedes danse le tango tous les samedis, au sein de l’association Tango Toul, sa mère était argentine, son père espagnol, tous deux réfugiés en France, ombre portée des dictatures latines. Bercée par le train, elle rêvasse doucement et si le chagrin ne s’estompe pas, installé en elle comme une conscience vive de soi, durant ces quelques heures, la douleur se replie, le soleil chauffe à la vitre et le train avance.
Photos de Alberto Bocos-Gil.
Portraits de M.
M. se prête au jeu.
Regarde-moi dans les yeux. Vois-moi.
Je te vois.
Prête-moi de ta peau et perce le voile. Souris.
Non, je ne peux pas.
Pose encore et encore.
J'ai assez. Finissons, il est tard.
Merci.






Photos : Alberto Bocos-Gil / Modèle : Morgan
Hommage à Cipriano Benito
Ce site est dédié à mon grand-père Cipriano Benito, combattant anonyme de la République espagnole, mort avant d'avoir pu lire un seul de mes textes.

Dessin de Vittorio Giardino (Festival BD de Laval, 2001), suite à une discussion sur ce sujet avec le dessinateur. Il me fit de tête et à main levée ce "guardia de asalto" lorsqu'il sut que mon grand-père avait servi dans ce corps.
03 octobre 2006
D'un soir
On me souffle que d'un soir à l'autre je ne suis pas le même. Une souris emporte mes pensées comme d'autres des caries. Qu'en fait-elle ? On ronge dans ma tête. Il y a matière à cela, enfin comme un tas de vieux chiffons.
Y mettre un chat ? Un efflanqué aux dents longues ? Un prédateur de panier ? Oh, déjà trop de monde sur le coup.
Demain soir, je serai libre pour une nouvelle présentation. Ma fiancée est dans ma tête, elle me dévore. Et décoré, je ne le serai que des crochets de mutilés grimaçants.
Au moins, je souris à cela.






