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BENITORAMA
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3 février 2010

Dans le panier à provisions

Quelques acquisitions du Festival, une bonne partie sont des cadeaux, merci aux offrants :

- Le Journal de Fabrice Neaud t.3 (Ego comme X) édition augmentée. Couplé avec la meilleure et la plus dense expo du Festival.

- Caporal & Commandant Recueillis, des frères Leglatin (co-édition L'Egouttoir et L'Oeuf), je vais enfin lire l'intégralité !

- DMPP Almanach 6 (The Hoochie Coochie) signalé par ces messieurs cités plus haut, avec un bon dossier Schlingo dedans (notamment sa "biographie" dessinée par L.L de Mars).

- Lapin n°41 (L'Association) : maintenant que j'ai plein de pages et que j'ai pris aussi au passage le n°38 qui me manquait, je vais pouvoir attaquer cet étonnant récit à suivre que constitue "Lutte des corps et chute des classes" (Th. Gosselin et Fr. Henninger). Car la patience n'est pas mon fort, et j'aime sauter sur des feuilletons déjà bien nourris.

- 1937 Lucifer (Editions Gaies et Lesbiennes), un album que j'avais déjà feuilleté, et que je vais lire de près : pas grand chose de paru en bande dessinée sur ce thème-là. Cf Alix de Coulanges.

- Orfi aux enfers (Actes Sud BD), que je vais enfin lire. A venir un jour, j'espère, une somptueuse édition de L'invasion de la Sicile par les ours.

- les deux dernières publications des éditions Scutella : Yo Gringo de Rémi Cramet et Ballades d'Adrien Demont. Il y avait une bonne exposition de ces auteurs (et d'autres de la maison), en plein centre ville.

- et bien sûr, le volumineux et très illustré essai de Thierry Smolderen, Naissances de la bande dessinée, de William Hogarth à Winsor Mc Cay, aux Impressions Nouvelles (l'éditeur de Nathalie Heinich). Un essai important et décloisonnant, j'en toucherai un mot ici après lecture.

C'est déjà pas mal mais j'aurais emporté bien d'autres choses, notamment via les stands de Cornélius, Cambourakis ou Buchet-Chastel. Pas pris non plus encore La saison des flèches (autre expo où je suis passé), à La Cerise, mais cela ne saurait tarder.

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22 septembre 2009

Sacrifice des dugongs

Une bien curieuse découverte archéologique, qui peut évoquer, en taille un peu réduite - mais précisément son oeuvre joue constamment sur l'affleurement et les couches, les angles et les caches - les temples chtoniens de Lovecraft.

Cette découverte laisse tout de même songeur, il me faut lier cela aux temples ursidés pour sortir de ma perplexité. Puis revenir à Lovecraft.

On peut le relire, bien sûr, mais aussi se reporter, à ce volume, tout juste paru aux Moutons électriques, ou bien à ces deux excellents ouvrages, déjà des classiques : le petit essai de Houellebecq et le Cahier de l'Herne n°12, avec illustrations de Druillet.

15 septembre 2009

Le Journal prend les Beaux-Arts (de Lyon)

Comme mon blog dort, on peut glisser par exemple vers le site d'Ego comme X, pour cette conférence de Fabrice Neaud, aux Beaux-Arts de Lyon.

Où l'on constate une fois de plus que l'on peut "se préparer à" l'art contemporain (?) et ignorer superbement ce qui remue et s'active dans la bande dessinée contemporaine*. La plupart des étudiants à qui Fabrice parle de son travail semblent donc le découvrir, découvrir Menu et Konture (voire Crumb !), L'Association, etc. Bon, j'en suis au moment où personne ne connaît 3615 Alexia, je retourne finir la conférence.

L'auteur y réaffirme notamment, c'est important, le lien entre amour et politique dans son oeuvre. Et ce qu'il dit sur les blogs bd m'a semblé pur nectar.

Oh certes non, Fabrice Neaud n'est pas réactionnaire ! C'est l'époque qui souvent régresse de toute part.

Par contraste, combien heureux peuvent sembler les hommes du XVIIIe qui pouvaient, malgré toutes leurs vicissitudes, misères et contingences, voir l'humanité avancer par bien des côtés.

* Les actuelles expositions parisiennes de "Japon parano" au Monte-en-l'air et de "Jochen Gerner" à la galerie Anne Barrault, les activités du Musée de Sérignan ou celles de Beaubourg, l'intérêt de Art Press... les signes ne leur manquent pourtant pas.

7 septembre 2009

Retour de vacances...

... et la rentrée littéraire sur la tête, bong ! Tous ces livres, cette surproduction... Moi je ne m'en félicite pas, cela m'angoisse plutôt. Même chose dans la bande dessinée... Comment se repérer dans les dédales d'une forêt étouffante, où tant de buissons veulent se faire passer pour des arbres ?

Un peu d'expérience, un peu de paranoïa, une juste méfiance envers certains critiques, etc.

Dans tout ce fatras, un seul livre a retenu mon attention pour l'instant : le Jan Karski, de Y. Haenel (Gallimard), au thème fort et passionnant, on se souvient bien sûr du témoignage de Karski dans "Shoah" de Lanzmann.

Et je signale la sortie - hors rentrée littéraire puisque l'auteur est mort il y a un bon moment - chez l'excellent petit éditeur bordelais L'Arbre Vengeur, de L'homme qui s'est retrouvé, illustré par Laurent Bourlaud.

15 février 2009

Le gouffre de leur néant

Je ne résiste pas à l'envie de noter ces quelques lignes tirées des Histoires du Huitième District, des frères Pressburger (éd. Verdier) :
"Si aujourd'hui j'arrive encore à m'en sortir, je le dois seulement aux temps que nous vivons qui accueillent avec la même indifférence le faible et le fort, le bon et le méchant, le juste et l'inique, pour les jeter inexorablement dans le gouffre de leur néant."

Et ceci était publié dans l'édition originale en 1986...

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6 janvier 2009

Charlotte, soyez bénie !

Je déjeune tardivement devant Chouans !, attendrissant pudding à clichés vaguement pompé sur Victor Hugo. Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu ce film. On pourrait en quelque sorte le situer aux antipodes du Danton de Wajda mais il se laisse regarder... avec paresse.

(Le moment où un prêtre non-jureur empêche de justesse une petite sauterie en hurlant "Sodome ! Sodome !", vaut son pesant d'assignats)

Il dit tout de même pas mal de choses, ainsi quand Aurèle arrache l'arbre de la liberté. Et la belle scène de confrontation entre père et fils où, dans la bouche de de Philippe Noiret, c'est la voie médiane qui se dit et qui parle, celle qui somme toute fut celle du bicentenaire officiel. Mais "vouliez-vous une révolution sans révolution ?"

Reste que la brigande contre-révolutionnaire Olympe de Saint-Gildas, merveilleuse Charlotte de Turckheim, chargeant cheveux au vent avec ses grands chiens noirs mangeurs de républicains, reste à jamais un sommet d'érotisme politique.

30 octobre 2008

Carmen Cru, mémoire profonde de la Révolution

De passage dans un endroit cher où je stocke aussi des livres, je relisais cette nuit la collection complète des "Carmen Cru", l'oeuvre maîtresse du trop jeune disparu Lelong (éd. Fluide glacial) et je constatais combien, face à d'autres bandes dessinées, celles-ci avaient peu vieilli. C'est que cet univers s'avère assez intemporel, constitué de restes persistants de moeurs et pensées du XIXe siècle et du pompidolo-giscardisme. Lelong construit avec intelligence d'album en album, autour de la figure de l'horrible vieille dame, saynètes, personnages, situations et dialogues. Souvent drôlissimes les dialogues d'ailleurs mais aussi porteurs et révélateurs, du fait d'un humour cruel et éminemment "social".

La première histoire de l'album Ni Dieu ni maître voit arriver un "nouveau" locataire dans l'immeuble miteux qui jouxte la maisonnette de Carmen Cru. Il s'agit d'un duc tombé bien bas, ruiné par les dettes de jeu, et croyant trouver en la mère Cru une incarnation du "bon peuple" (il devait avoir trop lu La Varende). N'appréciant guère l'invasion de meubles qui se produit dans la cour - le malheureux étant passé d'un château à un 25m² - elle règle cela de la façon que tant la couverture comme le titre laissent prévoir : en pétroleuse post-communarde. Et héritière des incendies de châteaux de l'été 1789, car c'est là ce qu'elle fait, très explicitement*.

Avec des mots simples : "Je pensais pas qu'y avait encore des gens de cette espèce, faut qu'ils continuent à semer la pagaille. [...] Je croyais qu'on leur avait tous coupé le cou autrefois, mais y a de la négligence partout."

Carmen Cru témoigne par là - grande intelligence de Lelong qui cristallise cela en quelques pages - de la profonde imprégnation de l'événément révolutionnaire et de sa signification émancipatrice dans les classes populaires, ouvrières et paysannes au XXe siècle.

* Comment ne pas penser, de manière détournée certes, à "L'Anglaise et le Duc" de Rohmer, où le mobilier joue une si grande place, puisque contenu dans des décors de para-théâtre ? On le sait, le duc d'Orléans termina bien mal, après avoir été passablement ridiculisé en papier... lui aussi.

3 avril 2008

Sauver Punctum !

Suivant la petite note dans Libération, je me dirige vers le site des éditions Punctum, pour voir ce qu'elles disent. Et en effet ça ne va pas fort, allez lire l'éditorial en forme d'appel de Bernard Lefort. Je ne peux qu'inciter à sauver cette maison, l'une des seules à porter une réelle attention à la Révolution française, notamment à travers sa collection "Vies choisies" : Rousseau, Claire Lacombe, Jean-Victor Moreau. Pas mal d'autres choses bien, et ce petit essai, qui sort : Peut-on jouir du capitalisme ? de Luis de Miranda. Encore une fois, aider un éditeur en difficulté, lui permettre de continuer... cela passe déjà tout simplement par l'achat de ses livres. Je recommande le Claire Lacombe, figure ô combien peu connue de la Révolution (moins glamour que Marie-Antoinette, ceci expliquant cela).

6 février 2008

Une demoiselle de la République

Lorsque j'étais ce petit garçon franco-espagnol très catholique, très croyant, je partageais avec elle seule un monde secret, merveilleux, dont les mystères du Moyen-Age véhiculés par la Contre-Réforme ne s'étaient pas tout à fait retirés, un espace fait de formules graves, de livres aux pages fines, de liturgie et d'encens, de goût d'hostie fondant dans la bouche, d'églises pleines de générations et de prêtres d'allure vénérable. Dans ma famille, républicaine, laïque, athée, opposée à une Eglise souillée par son soutien au franquisme, j'étais en quelque sorte le fils qu'elle n'avait pu avoir. Nous étions beaux et d'un autre âge, partant à la messe, un petit garçon rond frisé, bermuda et genoux brutaux, une grande dame sérieuse et belle en mantille, empruntée au XVIIIe siècle. J'étais croyant, je quêtais l'absolu à ma faible mesure, un personnage bergmanien mais perdu dans une Castille appauvrie et encore ivre d'orgueil. Je cherchais Dieu passionnément, dans le silence et la solitude, je détestais ma chair, je la punissais, je m'inventais des pénitences et des cilices artisanaux, j'espérais Le trouver en punissant la détestable enveloppe corporelle qui me retenait d'élans sublimes. Et puis avec l'adolescence, Il me déserta. Un vide énorme en moi, que remplaça, jeune Don Quichotte gavé de lectures que j'étais, un désir puissant de révolution. Mais fait-on la révolution dans un trou perdu de province, dans les années 80 ? Dans les années 30, en Espagne, le souffle était là et elle était belle, jeune demoiselle de la République, laïque, joyeuse, rebelle. Elle fumait avec grâce dans un porte-cigarettes, ou jurait comme un charretier lorsqu'elle était ivre, elle soutenait cette belle, si belle République, porteuse de fleurs, émancipatrice de toutes les vieilles pierres noircies, libératrice des chaînes ferdinantes, elle riait au ciel, soulevait son chapeau, et tout lui paraissait possible. Elle se fit couturière, femme libre et indépendante, éduquant des générations de jeunes filles pauvres, elle voulut suivre un bel officier italien, elle se maria, divorça, elle n'en fit qu'à sa tête. Lorsque je la connus, je n'imaginais pas cette jeunesse folle, je voyais la vieille dame catholique, sérieuse, moralisatrice, tendrement casse-pieds, douce et aimante, qui aimait me donner à dîner à moi seul, et m'entretenir de petites choses et de Dieu, de ces moments enchantés de ma jeunesse où j'avais l'impression d'être à la table d'une fée-marraine pouvant intercéder pour moi dans les royaumes fermés. Et puis l'autre image se superposa dessus peu à peu, et j'avais là, comme en moi, une icône des Deux Espagnes. Mais les Lumières, n'est-ce pas, les Lumières... Vieille, atteinte d'Alzheimer, malade, elle avait oublié Dieu, l'Eglise, c'était dans ses yeux rieurs la jeune fille un peu folle qui jurait joyeusement. Quelque chose de la fête inaugurale n'avait pas voulu mourir en elle et germait à nouveau.

A Tomasa Benito, demoiselle de la République espagnole, fille des Lumières, un salut d'espoir.

19 décembre 2007

Ce qui vient

Le nouveau Manière de Voir (n°96), consacré à "la fabrique du conformisme" rejoint le Storytelling publié à La Découverte et d'autres publications sur le triomphe d'un certain "nouveau gramscisme de droite" (très éloigné de l'offensive "Nouvelle droite" des années 70-80) : une métapolitique clairement conservatrice et anglo-saxonne. Ce néo-conservatisme qui gagne la vieille Europe des Lumières et semble tout emporter.

D'urgence, lire le n°17 de ContreTemps : Lumières, actualité d'un esprit.

4 février 2007

"Alex Varenne itinéraire d'un libertin"

Sous ce titre, l'une des bonnes surprises de papier de ce festival : des entretiens récents entre le dessinateur et Luc Duthil, publiés par PLG et abondamment illustrés. On apprend de la bouche de Varenne des choses intéressantes, sur ses influences picturales bien sûr, mais aussi sur ses idées gauchistes de jeunesse. Je ne me doutais pas du compagnonnage, bref mais avoué, de Varenne avec Lutte Ouvrière ! Femmes BCBG et la Révolution comme un étendard pop-art...

14 janvier 2007

Mollet, Marie, Pivert

Avec le numéro 937 de La Quinzaine littéraire, un café au bord de l'eau, les navires, le sel, le vent forcément et des mouettes ne craignant pas la crasse huileuse des ports.

Lorsqu'il commente le livre de François Lafon sur Guy Mollet (Fayard), Jean-Jacques Marie parle d'une époque qu'il a bien connue, mais également - et peut-être surtout - de lui et de son vécu militant plutôt mouvementé, son passage aux Jeunesses socialistes, etc. Passionnant et pas tendre pour Mollet. Si avec tout ça, je ne finis pas par lire ce bouquin... La figure de Mollet ne m'attire guère mais elle s'avère cruciale pour qui veut saisir et l'époque et l'histoire du socialisme français.

(Et pour bien comprendre la prise de pouvoir de Mitterrand à Epinay)

Quand je pense que la SFIO a aussi connu des gens comme Marceau Pivert ! Voir à son sujet la biographie écrite par Jacques Kergoat (ed. de l'Atelier).

2 octobre 2006

Angeles Santos en bannière

Le tableau sur la page d'accueil est une oeuvre de la peintre Angeles Santos, "Tertulia" [El cabaret], 1929, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia (MNCARS*), Madrid. J'ai vu ce tableau au cours d'une exposition qui m'a frappé durablement, au musée d'art contemporain de Valladolid, le Museo Patio Herreriano.

Cette exposition "Angeles Santos, un mundo insolito en Valladolid", s'est tenue de septembre 2003 à janvier 2004 et j'ai dû la visiter début septembre si ma mémoire est bonne. J'y suis repassé plusieurs fois, tant la démarche et la souffrance de cette peintre quasi inconnue, avant-gardiste tombée dans l'oubli, m'ont ému.

Le très beau catalogue est toujours disponible auprès du Patio Herreriano. Il constitue entre autres une excellente présentation des avant-gardes picturales de la première moitié du XXe siècle en Espagne, mouvements en communication avec le reste de la scène européenne.

Du reste, Angeles Santos concentra en elle-même, par une sorte de jeu de confluence indirecte, une grande partie de ces forces, ainsi ses deux grands tableaux de 1929 : "Tertulia", donc, proche de la nouvelle objectivité allemande, et avec certaines traits pouvant faire penser à Tamara de Lempicka (mais Angeles Santos reste, elle, tragique) et "Un mundo", 1929, clairement inscrit dans la "révolution surréaliste" dont elle aurait pu devenir une représentante espagnole.

Cette vitalité artistique espagnole fut hélas vite étouffée, comme toute forme de pensée indépendante et libre, par le franquisme... Une immense nuit grise et malodorante. Médiocrité de l'âme et des sens. En témoigne hélas la seconde partie de l'oeuvre de Angeles Santos, une peinture de la tranquillité, apaisée, un art "léger et sensible" (dixit un critique) succédant à une peinture sur le fil, morbide et généreuse à la fois. Comme si en reniant ce qu'elle avait peint et été, elle incarnait l'Espagne double, se déchirant sans cesse elle-même.

29 mai 2013

Incroyable !

Mais vrai : notre ex-président en figurant d'un film (pas très bon, mais qui se laisse regarder) sur la Révolution française. A lire après avoir visionné.

En tout cas, voilà qui démontre combien l'héritage de la Révolution française est constituant et profond. Cela travaille par en dessous, et cela brûle encore.

Un magnifique discours sur l'égalité. Parties 1 & 2. Et une version papier.

10 décembre 2010

Sous le sapin, de la pâte à papier (4)

En piochant dans le spécial "Beaux livres" du Monde des livres, daté de ce vendredi :

- Didier Grandsart, Paris 1931. Revoir l'exposition coloniale (FVW)

- Jérôme Croyet, Soldats de Napoléon. L'épopée par ceux qui l'ont faite (Gaussen)

- Honoré de Balzac, Illusions perdues. Les Deux poètes. Du manuscrit de Balzac à l’édition « Furne corrigé » (Verdier)

- Eric Touchaleaume et Gérald Moreau, Le Corbusier, Pierre Jeanneret. L'aventure indienne (Gourcuff Gradenigo)

- Pierre Znamensky et Guy Gallice, Sous les plis du drapeau rouge (Le Rouergue)

- Adrienne L. Kaeppler (ss. dir.), James Cook et l'exploration du Pacifique (Actes Sud)

- Paul Teyssier, Maisons closes parisiennes. Architectures immorales des années 1930 (Parigrammes)... au passage, merci à l'amie douce et chère qui a eu l'excellente idée de me l'offrir !

- de Cécile Berly et Jean-Clément Martin, ce luxueux - et bien dans l'air du temps - Marie-Antoinette, intéressant pour l'iconographie (Citadelles & Mazenod). L'éditeur voulant consacrer un tel pavé illustré à Maximilien Robespierre peut toujours me contacter ! En attendant, on peut le lire à La Fabrique, ou chez Stock (ou bien sûr dans les Oeuvres complètes, cf la SER)

30 avril 2009

"Notre patience est à bout" de Claude Guillon

Alors que ronchonnant et me mordant une bien imaginaire moustache, je suis plongé dans Notre patience est à bout, le petit livre hors-mode de Claude Guillon (l'auteur de Deux enragés de la Révolution à La Digitale) dont on parlera probablement peu dans la presse hélas, car on préfère disserter sur Olympe de Gouges (ou Charlotte Corday) plutôt que sur Pauline Léon ou Claire Lacombe, comme je l'avais fait sentir dans un précédent post, je me dis que la République a décidément été bien ingrate, sur le long terme, avec certains de ses pères ou défenseurs.

Au point de les ignorer et confondre tous dans une même condamnation : Robespierre, Marat, Saint-Just, Chalier, Roux, Carrier, Hébert et Coffinhal, amis, ennemis confondus, tout ce qui se trouvait, disons, à gauche de Danton et Desmoulins, ce qui représentait bien du monde alors !

(La rencontre de Buonarroti et de Babeuf donne pourtant beaucoup à penser)

Puis, avec l'offensive furetienne et sa "victoire" refroidissante, l'ensevelissement, la dépolitisation, la mise sous coton des mots, des gestes. Et une stérilisante tératologie, couplée à une incompréhension de la violence, sur laquelle Sophie Wahnich* ou Timothy Tackett** ont dit des choses intéressantes en dernier.

A ne pas penser la République et sa naissance, la Révolution et sa tension, on s'expose à bien des déconvenues, et à ne plus savoir qui l'on est, et ce qui a été tenté ou pensé.

Je retourne donc lire ce petit livre, Notre patience est à bout. 1792-1793. Les écrits des enragé(e)s (éd. Imho)***, riche de vie et de présence, autour de révolutionnaires passionné(e)s qu'il serait fou d'oublier, relire Guérin et Dommanget est aussi une bonne chose.

Je reste plus porté par ce que représenta (à tous sens) la Convention, condensateur des forces et énergies, mais si la Révolution se congela, ce fut bien pour quelque chose : Saint-Just, comme d'autres, l'avait noté. En s'en prenant aux hébertistes ou aux enragés, voire aux sections parisiennes, on s'exposait bien entendu à se retrouver quelque peu isolé un soir néfaste de Thermidor, et bien évidemment pas seulement sur le plan tactique : le silence de Saint-Just ?

Là est le drame, là se trouve résumée toute notre histoire moderne en un point noir, incandescent. Tout a été dit ou presque il y a deux siècles, voilà pourquoi il faut se pencher sans cesse sur NOTRE FONDATION.

* De la première, voir La liberté ou la mort (La Fabrique) et La longue patience du peuple (Payot). Du second, Le roi s'enfuit (La Découverte).

*** A relier à cet autre, récemment paru, Le mandat impératif, de la Révolution française à la Commune de Paris, de Pierre-Henri Zaidman, aux Editions Libertaires. 

14 octobre 2014

Nouveautés Révolution française

Quelques parutions récentes autour de la Révolution française :

- Matthieu Renault, L'Amérique de John Locke (Amsterdam)

- Guy Saupin (ss. dir.), Africains et Européens dans le monde atlantique (PUR)

- Robert Darnton, L'Affaire des Quatorze (Gallimard)

 - Claudy Valin, Lequinio. La loi et le Salut public (PUR)

- Michel Winock, La grande fracture. 1790-1793 (Perrin)

- Catriona Seth, Evariste Parny (Hermann)

- Daniel Vaugelade, Louis Alexandre de La Rochefoucauld (Editions de l'Amandier)

- Jacques de Cauna et Eric Dubesset (ss. dir.), Dynamiques caribéennes (PUB)

- Charles Walton, La liberté d’expression en Révolution (PUR)

- Cyril Belmonte et Christine Peyrard, Peuples en révolution (PUP)

- Frédéric Régent, Jean-François Niort et Pierre Serna (ss. dir.), Les colonies, la Révolution française, la loi (PUR)

- Anne de Mathan, Histoires de Terreur. Les Mémoires de François Armand Cholet et Honoré Riouffe (Honoré Champion)

- Michel Biard et Hervé Leuwers (ss. dir.), Visages de la Terreur (Armand Colin)

- Jean-Claude Caron, Les deux vies du général Foy (Champ Vallon)

- Jean-Pierre Le Glaunec, L’armée indigène (Lux)

- Carolyn Fick, Haïti. Naissance d’une nation (Les Perséides)

- Juan Cole, Bonaparte et la République française d'Egypte (La Découverte)

- Ian Coller, Une France arabe (Alma)

- Tulio Halperin Donghi, Révolution et guerre (EHESS)

- Paul Chopelin et Sylvène Edouard (ss. dir.), Le sang des princes (PUR)

- Olivier Ferret et Anne-Marie Mercier-Faivre, Biographie et politique (PUL)

- Emmanuel de Waresquiel, Fouché, les silences de la pieuvre (Tallandier/Fayard)

- Philippe Buonarroti, Conspiration pour l'Egalité dite de Babeuf (La Ville brûle)

- D.A.F. de Sade, Justine et autres romans (La Pléiade)

- Jean-Numa Ducange, La Révolution française et l'histoire du monde (Armand Colin)

Et le n°46 de Dix-huitième Siècle. Et bien sûr la réédition de la monumentale Histoire socialiste de la Révolution française de Jaurès (Editions Sociales).

16 juin 2014

Peur de 93

Une hagiographie de Jules Ferry, comment qualifier autrement le petit essai de Mona Ozouf (Gallimard) ?

Tout le livre est aussi un réglement de compte - Ferry interposé - avec les Jacobins et les réalisations de 1793-1794. Qu'on en juge :

"une défaite plus lointaine encore : celle qui a vu la liberté de 1789 se perdre dans le despotisme de 1793 pour accoucher, elle aussi, de journées sanglantes et d'un empereur." (p. 33)

"la Terreur devenue système de gouvernement [...] est fatale à la France républicaine. L'opinion lui associe désormais irrésistiblement la république et confond la révolution avec la dictature conventionnelle. De là tous les malheurs de la France, au bout desquels on aperçoit le 18 Brumaire et le 2 Décembre." (pp. 34-35)

"ennemi de toutes les jacobinières" (p. 108 / expression clairement thermidorienne qui revient à plusieurs reprises)

"A ces adorateurs de 1793 Ferry devait donc, et quoi qu'il ait fait par ailleurs pour la République, paraître d'un républicanisme douteux." (p. 113)

En effet... Et que dire de son rôle durant la Commune de Paris puis sur la colonisation*, sur lesquels Mona Ozouf est vraiment très complaisante ?

Heureusement, elle est aussi l'auteure de ce grand livre classique "qui réconcilie Mirabeau, Robespierre, La Révellière-Lépreaux dans une pensée commune des fêtes"

* Grand affrontement Clémenceau/Ferry ICI.

12 juin 2014

La rue & la route

Les éditions Libertalia me surprennent encore, avec des titres que je n'attendais pas du tout. Mais la surprise est bonne !

Pour 15€ seulement, ce Tenir la rue, premier livre du jeune Matthias Bouchenot, est assez incroyable (et bellement illustré). Il vient du reste combler "un angle mort de l’histoire des années 1930 : celle des groupes d’action et des groupes d’autodéfense de la SFIO"

L'éditeur qui publie Rediker, Guérin, London, Lafargue, Vaneigem, Fournier... et maintenant Bouchenot, tient solidement la route. 

12 juin 2014

Chasse en Alaska

Rien contre la chasse en tant que telle, on ira voir ICI combien elle peut encore être indispensable pour survivre ou mieux se nourrir*. Un mode de vie plus que menacé, en effet.

* Mais c'est parfois tout autant le cas dans nos campagnes françaises et européennes, un apport appréciable de viande et une sociabilité de l'échange ou du partage de gibier. 

11 juin 2014

Gautier x 2

Reçu avec joie ces deux titres réédités (et très bien édités) de Théophile Gautier :

- ses Œuvres poétiques complètes (assez surpris par certains poèmes, je l'avoue)

- son reportage sur Constantinople et la Turquie (dans le grand mouvement de curiosité pour la Grèce et l'empire ottoman au XIXe)

Deux livres Bartillat. 

11 juin 2014

Paresseux nage

Emerveillement paléontologique à distance pour Cerro Ballena (Chili). Visite virtuelle ICI. Gloire aux scientifiques, notamment de terrain, une profession certes plus utile que les financiers. Je découvre au passage qu'existaient des "paresseux aquatiques". Ceux qui contestent l'évolution sont vraiment des cons.

5 mai 2014

Et ce n'est qu'un début

L'Humanité de ce matin : la mairie de Villers-Cotterêts - chère aux juristes de formation pour l'ordonnance du même nom - a pris aux élections municipales une tonalité particulière... et les premières décisions qui vont ensemble, injustes et clivantes : suppression des subventions à la CGT et à la LDH, et refus de commémorer l'abolition de l'esclavage, commémoration républicaine s'il en est.

Tout ça comme un crachat au général Dumas et à son écrivain de fils. Et à tout l'héritage intellectuel et politique de la Révolution française.

Une réponse bibliographique en ce livre passionnant : Dumas, le comte noir, de Tom Reiss (Actes Sud).

 

5 juin 2014

Héros-récits

Voilà un livre que je n'attendais pas forcément, mais c'est une bonne nouvelle qu'il existe : l'anthologie de récits épiques du géopoliticien Gérard Chaliand (chez Bouquins). Où voulez-vous trouver la force pour... si ce n'est... dans une narrativité... et des choses accomplies avant ? Par exemple, les voyages de Saint Paul à travers le monde romain (Cerf).

29 avril 2014

Raison garder

Quelle drôle d'idée aura eu ce Festival, heureusement abandonnée ! Je conseillerais aux organisateurs une double lecture : Mona Chollet et Claude Guillon. Cela aurait peut-être évité un épisode pénible (ou bien je crois trop à la force des livres ?). Je précise que j'écoute et apprécie bien des choses dans le métal, une musique de l'énergie et violente*, donc qui me convient. Une note dédiée aux membres de Grünt-Grünt... à voir et écouter en concert.

* Et depuis que Zizek a écrit ses Variations Wagner, la vie est une plume - et non un poil - plus légère. 

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